La santé DANS l'entreprise


Pressions, management par le stress, risques psycho-sociaux,... autant de sujets MAJEURS pour la santé des salariés sur lesquels l'entreprise Auchan s'investit timidement.

Décryptage sur cette page concernant ces thèmes d'actualité...


- La dérive -


04/12/2013

Auchan : une franchise qui dérape...

Ce mardi 03 décembre, Un père et un fils, dirigeants du magasin Auchan de Lacroix-Saint-Ouen dans l'Oise, ont été condamnés pour harcèlement moral à trois mois de prison avec sursis et 8.000 euros d'amende, pour le père, et 3.000 euros d'amende, pour le fils.

 

Deux dirigeants du supermarché Auchan de Lacroix-Saint-Ouen, dans l'Oise, ont été condamnés mardi pour harcèlement moral envers deux salariées devant le tribunal correctionnel de Compiègne. Les deux patrons de ce supermarché franchisé sous l'enseigne Auchan, père et fils, ont été condamnés respectivement à trois mois de prison avec sursis et 8.000 euros d'amende, pour le père, et 3.000 euros d'amende, pour le fils, selon l'avocat de ce dernier, Me Vincent Caron.

 

Le père a été condamné pour harcèlement moral, entrave à l'installation du comité d'entreprise et outrage à deux inspecteurs du travail qu'il avait notamment comparés à "la Gestapo" en 2011. Le fils a été condamné pour harcèlement moral. Un troisième prévenu, chef de secteur au supermarché, a lui été relaxé.

 

Tentatives de suicide de deux salariées, selon l'avocate

 

Sur les bancs des parties civiles se trouvaient deux anciennes salariées du supermarché, qui ont toutes deux "tenté de mettre fin à leurs jours" en raison de leurs conditions de travail et démissionné, selon Me Barbara Vrillac, l'avocate de l'une d'entre elles.

 

"Ca a été très loin. C'est vraiment un système qui consistait à casser la personnalité du salarié : beaucoup d'insultes, des petites phrases qui tuent (...) Les caissières qui ne faisaient pas suffisamment de mise en rayon étaient privées de chaise", a affirmé l'avocate.

 

Le harcèlement aurait commencé après une adhésion à un syndicat

 

Selon Me Vrillac, le harcèlement moral a commencé parce que sa cliente s'était syndiquée à la CFDT Services de Picardie, "un ver introduit dans le fruit" pour le patron. "Si elle n'avait pas introduit le syndicat, peut-être y (travaillerait)-elle encore", a expliqué l'avocate. Un an après sa démission, l'ex-salariée "s'est effondrée à l'audience en présence surtout du père", a-t-elle souligné. 

Selon les témoignages de 37 salariés, Marcel Verfaillie l'avait qualifiée de « brebis galeuse qu'il faut saigner ». À la barre, le patron d'Auchan n'avait pas répondu clairement sur ce point. La deuxième salariée avait décrit les mêmes méthodes, de la part de Verfaillie junior. Elle aussi a fini par démissionner.

 

Le jugement devra être affiché dans les locaux du personnel du supermarché pendant deux mois, "une certaine assurance auprès des personnels que les pouvoirs publics sont quand même là pour les défendre", selon Me Michel Doussin, qui assistait l'inspection du travail au procès. Les deux dirigeants pourraient faire appel, a indiqué Me Caron.


12/12/2012

Les pratiques dopantes se généralisent dans les entreprises

Licites ou pas, en vente libre ou sur prescription, la panoplie des produits permettant de plus (ou mieux) travailler est large. De la caféine aux drogues illicites, en passant par l'alcool ou les psychotropes, les pratiques dopantes se généralisent dans les entreprises. Au point de devenir un réel problème de santé publique.

 

Il n'y a pas que les Tom Simpson ou Lance Armstrong pour repousser les limites de leurs performances à l'aide de substances diverses et variées. Il y a aussi les innombrables « dopés du quotidien » : ouvriers, employés, cadres, soit... autant de collègues potentiels. Si les premiers défrayent la chronique à coups de piqûres d'EPO ou de stéroïdes, les seconds sont largement passés sous silence lorsqu'ils composent avec l'alcool, la caféine, les amphétamines, les antidépresseurs, ou même la cocaïne, pour faire face aux exigences de leurs fonctions. « Ce qui est demandé à l'homme est tout bonnement surhumain. (...) On ne fait plus de différence entre le sportif de haut niveau et le salarié. A cette différence près que le salarié dispute un match chaque jour » , explique Michel Hautefeuille, psychiatre-addictologue au célèbre centre médical Marmottan. Besoin d'un dépassement de soi + banalisation des « béquilles chimiques » + facilité du « à chaque problème sa molécule ! » ont fait de l'homme un véritable « homo syntheticus ». Au travail, les adeptes des « conduites dopantes » (le terme « dopage » est réservé aux sportifs) constituent ainsi aujourd'hui un vrai problème de santé publique, estiment les experts.

Cela commence tôt, et ce n'est pas nouveau. En période d'examens, des générations de lycéens et d'étudiants ont tourné au Cogitum, au Maxiton ou au Guronsan sans que personne n'y trouve à redire. Depuis, les cocktails énergisants ont inondé les pharmacies « en s'adressant à une clientèle plus large, et surtout plus âgée », explique ce pharmacien ; le Red Bull a quitté le confinement des boîtes de nuit ; et les cafétérias ne désemplissent pas de salariés se dopant à l'expresso.

 

L'alcool en tête

 

Ce type de consommation a finalement glissé vers l'entreprise tout en se diversifiant et se complexifiant. Pour les professionnels de santé, un « bricolage chimique » a fait tache d'huile en s'appuyant sur une très large panoplie de produits licites ou illicites, en vente libre ou prescrits par les médecins, mais ayant tous pour objectif de plus (ou mieux) travailler. On a ainsi changé d'échelle, jusqu'à toucher à l'addiction. 

Au rayon des stimulants se bousculent caféine (sous forme de gélules, des employés de La Poste absorbent ainsi jusqu'à l'équivalent de 75 expressos par jour, témoignent des médecins), vitamines, compléments alimentaires, amphétamines et psycho-stimulants (qui empêchent de dormir), DHEA, créatine, anabolisants, stéroïdes, cocaïne... auxquels internet a ouvert la porte à tous les approvisionnements hors contrôle et à tous les détournements. Au rayon des « béquilles », les psychotropes, qui gomment le stress et sa souffrance et sont de loin les plus pratiqués : antidépresseurs (qui sont également... des stimulants), anxiolytiques, somnifères, bétabloquants, antidouleurs, cannabis, héroïne, etc.

 

Cette réalité est difficile à cerner par l'entreprise du fait de ses multiples portes d'entrée et dénis. La faute à une forme de tolérance, d'abord : les « pots » sur les lieux du travail sont un fait culturel, et le Code du travail lui-même autorise le vin, la bière et le cidre dans l'entreprise... Difficile, ensuite, de faire la part du « personnel » et du « trouble psychosocial » : le salarié importe-t-il son malaise depuis sa sphère privée ? Ou est-il dû aux vertus anxiogènes du fonctionnement de l'entreprise ? L'absence de statistiques révèle de surcroît un tabou considérable. « Il n'y a pas d'études sur les situations d'addiction en entreprise », indique Denis Maillard, du cabinet Technologia, spécialisé dans l'évaluation et la prévention des risques professionnels en entreprise. « On ne se donne pas les moyens de cerner le problème », ajoute ce médecin : les entreprises ne bougent pas tant que cela ne touche pas leur image. Les substances psychotropes seraient pourtant à l'origine de 15 à 20 % des accidents mortels du travail et posent aux entreprises autant de problèmes de responsabilité civile et pénale, de prévention, voire de dépistage.


Le culte de la performance


Le phénomène touche toutefois par son amplitude. En ligne avec d'autres pays européens, on compterait entre 5 et 20 % des salariés consommateurs de substances pour être en forme au travail. Les médecins du travail tirent régulièrement la sonnette d'alarme ; depuis 2007, les pouvoirs publics s'en inquiètent et mobilisent la MILDT (Mission interministérielle de la lutte contre la drogue et la toxicomanie) ; et les conférences internationales et forums régionaux se multiplient sur le sujet. Souvent en cause : la souffrance au travail, relèvent médecins et sociologues. « Le travail peut être aussi bien un facteur qui construit et soutient l'individu qu'inversement être pathogène », souligne Astrid Fontaine, ethnologue du Laboratoire de recherche en sciences humaines. « Le vrai poison, ce sont les conditions de travail », insiste Michel Hautefeuille. Avec à la clef stress, dépressions et burn-out. « On constate une montée en puissance depuis 2006-2007, et la crise n'arrange rien, témoigne ce médecin du travail parisien. je n'ai jamais vu autant de souffrance dans l'entreprise et les salariés en parlent désormais spontanément. »

Les risques psychosociaux sont ainsi aujourd'hui, selon les sources, la première ou deuxième cause de consultations des pathologies professionnelles, et les suicides à France Télécom, chez Renault, à La Poste ou à l'ONF (Office national des forêts), qui ont récemment marqué l'opinion, ne constituent que la pointe de l'iceberg.

C'est que, depuis la révolution managériale des années 1990, soulignent les sociologues, le travail est devenu un lieu de compétition, où il faut aller vite et « tenir », où sont apparus le management par le stress, la précarité, la densification du travail, l'« open space » et le culte de la performance, favorisant du même coup les drogues de dépassement ou de sociabilisation aidant à mieux s'intégrer, à survivre, ou tout simplement à rester dans la course. « La France est en tête de la productivité horaire, et la première en termes de consommation de psychotropes. Tout est dit ! Les salariés sont des athlètes du quotidien dans l'invisibilité la plus totale », estime Marie Pezé, docteur en psychologie et expert auprès de la cour d'appel de Versailles. Le lien entre organisation du travail et dopage est devenu patent.

Ces « dopés » ne sont pourtant pas des toxicomanes. « Il s'agit davantage d'une conséquence d'un problème de management que d'une addiction » , estime le docteur Bernard Salengro. « Les stupéfiants coupent de la réalité, mais ils sont ici au contraire utilisés pour s'accrocher à la réalité et la surmonter. La cause du comportement d'ajustement et d'adaptation est en amont, ce qui permet le plus souvent de s'arrêter du jour au lendemain » , confirme le docteur Patrick Laure, chercheur en sociologie associé à l'université de Lorraine. Autre gage d'optimisme - et un paradoxe en période de crise et vu la timidité des DRH et du patronat -, les entreprises ont commencé à bouger. Sont peut-être passés par là les suicides à répétition, le rapport « Bien-être et efficacité au travail » (rapport Lachmann) remis à François Fillon en 2010... ou tout simplement un très actuel souci de compétitivité. « Une partie du monde patronal a pris conscience des limites de l'engagement des salariés. Car la plus grande grève, c'est bien quand les salariés sont là... sans être là ! »

« Travaillez mieux pour travailler plus », en quelque sorte...